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 Don't forget who I am ~ Fred

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MessageSujet: Don't forget who I am ~ Fred    Sam 29 Sep - 20:46


Fred est là, derrière son bar.

Je le regarde, je suis assise à une petite table dans un coin du Old Fat Cat. Ma table habituelle, ces derniers soirs. Il est bientôt l'heure à laquelle Fred termine son service aujourd'hui. Je le sais, j'ai observé ses habitudes que de toute façon il n'a pas cherché à me cacher. Je ne saurais dire ce qu'il y a entre nous, car au fond... je ne suis qu'un mensonge.

J'ai connu Fred il y a des années de cela. J'étais toute petite, il avait trois ans de plus que moi. Il a. Il a toujours trois ans de plus que moi, on ne perd pas les années comme ça en claquant des doigts. Bref. Il était "un grand" et moi j'étais "une petite". On vivait dans deux mondes différents à l'école, pourtant je le croisais souvent dans les couloirs et dans la cour de récrée. Je faisais tout pour le croiser aussi souvent que possible, parce que quelque chose chez lui m'avait intrigué dès le premier regard qu'on avait pu échanger. Un jour où son Alyss avait le dos tourné. Je ne sais pas ce que cette fille avait que moi je n'avais pas, ça m'avait toujours semblé être un mystère. Petite je ne savais pas ce que je ressentais mais en grandissant j'avais compris que c'était de la jalousie. Ils vivaient dans leur monde tout les deux, un monde que je n'osais rejoindre.

Cela fait plusieurs soirs que je viens ici, et que je vois Fred. Au début, j'étais venue pour Nate, mon barman préféré et puis... je suis tombée sur Fred. Le choc a été brutal. Violent. Je n'avais jamais eu aussi chaud que ce soir là, quand j'ai réalisé qu'il pouvait me reconnaître et signer mon retour direct à la case prison. Trois ans plus tôt, pour éviter la prison pour adultes je m'étais enfuie du centre de détentions pour mineurs de Détroit. Je m'étais cachée à la campagne depuis, mais ma ville me manquait, j'avais décidé de prendre le risque de revenir, certaine que personne ne devait se souvenir de moi.

Et pourtant...

Pourtant à chaque fois que je voyais Fred, si une petite part de moi était soulagée qu'il ne me reconnaisse pas, une autre part de mon être souffrait de voir que je n'avais laissé aucune trace dans sa mémoire. C'est toujours dur de réaliser qu'on vous a oublié, et cela même si ça valait mieux pour moi. Avisant la vieille horloge au-dessus du bar, je remarquais que Fred avait presque terminé son service. Je finis mon verre d'un trait et me levait pour lui faire signe.

Comme d'hab'. je murmure de loin, seules mes lèvres bougent mais il a sûrement compris.

Comme d'hab'. Je sors, je fais le tour du bar pour me poster dans la ruelle près de la porte de service par laquelle il va sortir. J'allume une clope. Il faudrait que j'arrête. Mais quand je suis avec Fred, ça m'empêche de trembler. De trembler de quoi ? De peur à l'idée qu'il me reconnaisse ? Ou d'excitation parce que même malgré les années, mon coeur s'emballe toujours rien qu'à voir son sourire. J'attends.

Je l'attends.

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Asha Jenn Parker
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MessageSujet: Re: Don't forget who I am ~ Fred    Dim 30 Sep - 12:13

Il était d'une sale humeur aujourd'hui. Pas vraiment dans le genre grognon, il n'a pas été chiant avec les clients, du moins il ne croit pas ; plutôt dans le genre déprimé. Pas que ce soit nouveau, ça fait un certain temps que ça traîne, l'énorme cafard sur son dos a eu le temps de se faire son nid, les habitués ont pigé qu'il valait mieux tempérer leurs blagues pour éviter de se prendre le vent du siècle. Lui pourtant prétend ne rien laisser paraître, mais quand ça s'installe dans la longueur, les coups de blues ça commence à se sentir, comme une vieille odeur rance. Et là ça dure un peu, depuis... tiens, probablement depuis qu'il a appris qu'un de ses proches allait crever en direct à la télé. Non, c'est clair, ça n'aide pas à voir la vie en rose.

Il y a un truc heureusement qui l'aide à penser à autre chose, ou quelqu'un plutôt : la jolie brune qui traîne avec lui depuis quelques soirs. Il ne sait pas trop bien pourquoi, il a du mal à la cerner, à deviner ce qu'elle veut. Au départ elle venait pour Nate, et puis elle a eu l'air de s'intéresser à lui. En temps normal il se serait simplement dit qu'il lui avait tapé dans l'œil, après tout il a un de ces physiques qui horripile les autres mecs mais qui plaît bizarrement aux filles, mais il y a quelque chose de décalé chez elle. Ça ne sent pas le flirt normal, il y a trop au-dessus d'eux quand ils sont ensemble, comme une chape de plomb faite de non-dits que lui ne comprend pas, leurs silences ont trop de profondeur. Il est peut-être parano, aussi, ça a tendance à lui faire ça de broyer du noir... Mais ça ne doit pas être un hasard si dès le début elle lui a fait un drôle d'effet, cette espèce d'impression floue qui ressemble à du déjà vu. Il est certain pourtant de ne pas la connaître. Alors pourquoi sent-il cet indicible lien entre eux, pourquoi trouve-t-il à sa silhouette et au creux de ses yeux plus d'ombres qu'il ne devrait, pourquoi ne peut-il s'empêcher de lui couler des regards fixes au risque de passer pour un psychopathe, certain que quelque chose va soudain se révéler dans son profil ?

Non, vraiment, cette fille l'intrigue et le tracasse, et c'est exactement ce dont il a besoin en ce moment : un mystère assez épais pour tenir son esprit éloigné de toute autre pensée. Sans compter qu'à côté de ça, il apprécie sincèrement les quelques instants qu'il passe avec elle, qu'il ressent comme tout tissés d'une intensité dont il ignore l'origine.

Ce soir elle est encore là. Ça a presque été un soulagement de la voir rentrer dans le bar, chaque fois il craint qu'elle ne se lasse et ne vienne plus. Alors quand il voit qu'elle est toujours là à la fin de son service, puis qu'elle se lève et lui fait signe, il se sent mieux, presque bien. Stressé aussi, mais un bon stress, de cette excitation au goût d'adrénaline que donnent les petits vertiges de l'inconnu. Elle sort ; lui se dépêche de remettre en ordre les quelques bouteilles qu'il a tendance à déranger, puis file se changer dans l'arrière-salle. Une seconde il s'arrête devant le miroir, remet ses cheveux en place, assoupli son col – puis commence à ricaner tout seul en se foutant de lui-même. T'es pas coquet, pourtant, et de toutes façons elle t'a vu suer au bar, alors...

Au moins ça lui a mis un sourire aux lèvres, et il le garde en sortant.

    Salut.

Non, pas de grandes phrases, pas de chichis. Il ose espérer que son sourire et son plaisir d'être là suffisent.

Elle est en train de cloper, la fumée s'entortille autour de son visage et dans ses cheveux, avant de s'évaporer dans la nuit. C'est toujours beau les fumeuses, dans le noir ; ça a l'air de venir d'une autre planète, d'un autre temps, ça vous souffle lentement dans le cœur. Alors Fred la regarde un moment, en silence, l'air un peu rêveur – ou peut-être un peu fou. Puis comme ça lui donne des envies, il sort une cigarette de sa poche, la tend un peu vers elle avec un haussement de sourcils expressif pour lui demander du feu – s'te-plaît ? – et, une fois allumée, commence à tirer doucement dessus. Il ne fume pas beaucoup, pas régulièrement en tous cas, mais il y a des instants faits pour ça auxquels on ne dit pas non.

Il doit avoir l'air d'être en train de penser à autre chose, là, concentré sur le mur d'en face, mais en vrai il ne pense qu'à elle. Ou bien peut-être qu'elle s'en rend compte, avec tous les regards en coin qu'il lui glisse entre deux lattes, c'est pas non plus dans le genre subtil. Mais c'est que ce soir, il ne sait pas pourquoi, il se sent plus proche que jamais de ce mystère qu'elle déroule sans cesse devant lui, il sent monter la réponse, il en effleure presque les contours du bout des doigts. Ce soir, il va trouver.

Il résiste à la tentation de lui demander – je te connais d'où ? – non seulement parce que ça ferait craignos, mais surtout parce qu'il a la sensation que c'est quelque chose qu'il doit découvrir tout seul. Qui sait, elle attend peut-être qu'il le pige enfin, son secret, ça expliquerait des choses.

Alors il se redresse, jette sa clope même pas finie à ses pieds et, avec une sorte d'enthousiasme contenu, comme s'il voulait lui signifier « j'y suis presque », demande seulement :

    Tu veux aller où, ce soir ?

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MessageSujet: Re: Don't forget who I am ~ Fred    Dim 30 Sep - 18:00





T’es mignon, Fred. Avec ta jolie chemise mal repassée et tes cheveux qui se font la guerre, tu possèdes un je-ne-sais-quoi qui te donne un charme de dingue. Mais ça… ça je ne peux pas te le dire. Peut-être le lis-tu dans mes yeux, je ne sais pas. Y vaut peut-être mieux pas.

Les quelques secondes où il me regarde au moment d’arriver, j’ai envie qu’elles durent une éternité. Finalement il sort une cigarette que j’allume pour lui, nos doigts se sont rapprochés l’espace d’un instant et je détourne rapidement les yeux pour éviter qu’il ne voit à quel point je suis troublée dès que nous nous rapprochons physiquement l’un de l’autre. Je me souviens d’une après-midi, dans un couloir de notre école, où nous nous sommes frôlés. Il n’a même pas dû s’en rendre compte, mais moi j’ai repensé à ce frôlement durant des jours. J’avais encore la sensation d’avoir la chaleur de sa peau sur la mienne, des semaines plus tard. C’était stupide…

Je ne sais que penser de ses regards en coin. Pense-t-il que je ne les remarque pas ? Est-ce sa manière de me faire passer un message ? Je ne sais pas… Il jette sa cigarette avant de l’avoir finie. Je retiens ma respiration. Il ouvre la bouche. Ça y est. Il va dire que tout est fini, qu’il ne veut plus me voir, que je ne l’intéresse pas. Il s’en ira sans rien me dire de plus, parce qu’il ne se souvient pas de moi. Et je passerais les prochains jours à me demander si la police va débarquer dans mon squat pour m’arrêter et me ramener en prison. Je ne veux pas vivre ça. Je veux rester à Détroit, et je veux rester libre. Je glisse mes mains dans les poches de ma veste en cuir élimé. A travers le tissu, je sens la petite fiole de poison cachée dans la doublure. Non. Même si ma sécurité est menacée, même si Fred par je ne sais quel miracle se souvenait de m’avoir connu, dans une autre vie, je ne pourrais jamais lui faire boire l’un de mes poisons.

Dans le passé.

Je lui souris. Un sourire un peu timide, pas le genre aguicheur ou quoi que ce soit. Juste le plaisir d’être là, avec lui. Pour quelques heures encore, peut-être quelques jours.

Ce soir j’aimerais qu’on aille dans le passé. Il y a un endroit où tous les enfants de Détroit rêvent d’aller un jour.

Je lève le doigt vers le ciel, puis je lui désigne les toits des plus hauts immeubles de la ville, à quelques rues à peine. De l’école où nous allions quand nous étions petits, on voit ses toits et on a tous un jour, au moins quelques brefs instants, rêvés de nous échapper de la classe, de grimper sur les sommets de la ville et… Arrivés là, certains rêvaient de sortir leurs jumelles et d’espionner les piétons en bas. D’autres rêvaient de lever les bras au ciel et de crier « Je suis le roi du monde ! ». Et moi, moi je rêvais de m’envoler. Loin, très loin. Ironique, quand on sait tous les risques que je prends chaque jour pour pouvoir rester ici. Je suis partie, loin, très loin, pour me rendre compte qu’il n’y a qu’ici que je me sente réellement chez moi.

Allez, viens !

Sans m’en rendre compte, je lui attrape la main et l’invite à courir avec moi pour sortir de la ruelle et rejoindre les hauts immeubles. Nous sommes à quelques minutes du paradis. La nuit tout est plus beau, et je croise les doigts pour que nous rapprocher des étoiles fasse naître un sourire sur les lèvres de Fred. Je le trouve triste. Je ne le remarquais pas vraiment au début, mais au fil des soirs j’ai appris à compter les moments où il a l’air réellement heureux et… ils sont rares. Je ne sais pas s’il se sent bien dans sa vie, au fond il doit avoir les mêmes problèmes que tout le monde. On est tous plus ou moins plongés dans la misère, tous plus ou moins touchés par les jeux télévisés qui se déroulent en ce moment, tous plus ou moins torturés par des dizaines de petits tracas quotidien. Je lâche sa main brusquement lorsque je réalise ce que je viens de faire. Ai-je vraiment osé faire ça ? Je continue à courir, ne me retourne pas, de peur de voir qu’il ne me suit pas.



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MessageSujet: Re: Don't forget who I am ~ Fred    Lun 1 Oct - 20:34

    Dans le passé.

Ça le heurte cette phrase, en même temps que le sourire qu'elle dessine. Le passé, le passé... Il le savait ! Mais lequel ?

Quand elle lui parle d'enfance cependant il arrête presque de la prendre au sérieux : il n'en a pas eu, lui, d'enfance, ou alors elle s'est arrêtée à sept ans ; et encore, c'était pas bien rose avant. Mais quand elle lève le doigt et qu'il le suit d'abord bêtement, comme l'idiot qui oublie de regarder la lune, il comprend. Il se souvient. C'est peut-être vrai finalement, peut-être a-t-il eu ce morceau de vie dont il s'est toujours cru dépourvu, lui qui dans sa mémoire n'a préservé que les heures sombres qui l'ont mené pas à pas à l'âge adulte. Mais il a rêvé, comme les autres, avec les autres même si ce n'était pas main dans la main. Comme tous les gamins de Detroit dont l'imagination n'est pas assez large pour leur faire rêver un ailleurs, il avait construit un idéal, loin des adultes et de la violence du sol, sur ces lieux inaccessibles tout au bord des nuages.

Son air incrédule, auquel il n'a pas le temps de supplanter toute son approbation, ne semble pas l'arrêter : déjà elle l'invite à la suivre, déjà ses doigts s'enroulent autour des siens. Il frissonne sans y songer, heureux de ce contact, pas seulement comme un homme heureux d'avoir dans la sienne la main d'une belle femme, mais comme un gamin dont chaque effleurement fait tressauter le cœur. Il n'ose répondre, ne resserre ses doigts qu'imperceptiblement, juste assez pour qu'ils ne glissent pas, de peur qu'elle ne rompe soudain le contact. Et c'est comme un gamin aussi qu'il court après elle, à en perdre son souffle, à en perdre la tête. Il lève les yeux en courant pour admirer encore ce ciel qu'elle lui promet, et qu'on distingue toujours si mal d'en bas, coincé qu'il est entre les façades trop serrées des immeubles.

Et, tandis qu'il court, manque de trébucher, se raccroche en pensée à cette main qu'il désire serrer mais n'ose pas, il se rend peu à peu ivre. Ivre de course, ivre de nuit, ivre de ciel, et puis ivre d'enfance et de rêve, et ivre surtout de ce corps qui le précède et dont les cheveux fouettent la nuit à laquelle ils semblent tantôt se mêler. Au sein de cette ivresse montent en lui des désirs, dont la majorité n'a d'ailleurs rien de sexuel, et qu'il savoure autant que leur impossible accomplissement. Elle n'a pas menti, voilà bien le passé qui resurgit : il se sent d'une niaiserie adolescente tout à coup, et ça lui semble venir de loin, lui qui pourtant n'est pas si vieux.

Quand la main s'échappe, brusquement, il manque se casser la gueule tant il en avait fait son appui – seulement mental, pourtant, il ne la tenait pas vraiment. Mais elle court encore devant et l'ivresse n'a pas de fin, alors il ne s'arrête pas, il court maintenant comme pour la rattraper, comme pour reprendre ces doigts qui lui font désormais défaut.

Néanmoins, si son enthousiasme n'a pas de limites, ses capacités respiratoires, elles, en ont une. S'il ne s'arrête pas bientôt de courir, il va finir à quatre pattes en train de souffler comme un bœuf, et il craint que ça ne casse un peu l'ambiance. Alors quand ils passent près d'immeubles assez hauts et munis de rampes d'incendie, il accélère et, passant à côté d'elle, lui saisit le bras, sans brusquerie mais assez fermement pour l'arrêter. C'est avec un souffle déjà un peu trop court à son goût qu'il fait, en désignant le toit du bâtiment derrière eux, en apparence bien plat et propice aux funambules nocturnes qu'ils s'apprêtent à être :

    Là... là, c'est bien.

Il reste ainsi quelques instants, à reprendre sa respiration, avant de se rendre compte qu'il a toujours la main sur son coude et de la laisser doucement glisser. Quand il a retrouvé un souffle à peu près normal, et quoique son cœur batte toujours à lui rompre la poitrine – mais il ne sait pas si c'est uniquement du à la course, à l'enthousiasme enfantin qui ne l'a pas quitté ou à quelque autre excitation sourde qui vrombit dans son corps – il se dirige vers la rampe d'incendie, saute pour attraper l'échelle qui y mène et la fixe en place comme il peut. Quand elle est stable, il s'écarte, et mime une invitation galante à monter avant lui.

L'ascension est rude, pour lui qui n'a jamais été sportif, et l'air pourtant frais de la nuit lui brûle les poumons. Mais il trouve dans la silhouette qui le précède tous les encouragements qu'il lui faut, et dans la perspective de ce qui les attend, en haut, toute la motivation que peut supporter le bourdonnement joyeux de ses tempes. Alors il tire sur ses bras, pousse sur ses jambes, et rêve encore, les yeux loin au-delà du mur sombre qu'ils longent, loin au-delà du délabrement propre de ce coin de la ville, à ce passé qu'elle a invoqué.

Mais d'où vient-elle ? De quel coin reculé de ses souvenirs a-t-elle surgi, où se cachent ses traits parmi la masse de couleurs et de bruits qui forment sa mémoire ?

Ils montent toujours, et à mesure qu'ils montent, comme si le ciel fournissait son inspiration, quelque chose palpite plus fort. Un pressentiment, un début de réponse... C'est tout près, il le sent, juste là, sous son front.

Quand ils émergent enfin au sommet de la rampe, là où le toit est une surface plane comme un plateau offert au ciel, et d'où toute la ville se dévoile de loin en loin dans sa robe de néons, il sait qu'il lui suffira de poser son regard encore une fois sur son visage et que ça lui viendra. Ou peut-être est-il juste en plein délire, trop grisé par ce semblant d'aventure et par la présence entêtante de celle qu'il s'évertue à reconnaître. Tant pis, il se sent serein quoi qu'il en soit.

Et c'est avec calme, quoique la respiration toujours haletante, qu'il fait quelques pas sur le toit, les yeux écarquillés devant la vue. Quelle bonne idée elle a eue. Il essaie de le lui dire, en termes un peu plus stylés, mais il ne trouve pas les mots. Il essaie de décrire ce vertige qui lui empoigne les tripes, mais un bon vertige, pas celui du vide ; il essaie d'exprimer à quel point il y a là de quoi se gorger de liberté, de quoi respirer Detroit à pleins poumons. Rien ne vient. Alors il se tait, plutôt que de faire une tentative poétique foireuse, et se contente encore une fois de lui sourire. Puis il s'apprête à s'asseoir, les genoux déjà fléchis – quand soudain il la repère, tout au fond.

    Tiens, regarde ! fait-il en se redressant. Tu la reconnais, là-bas ?

Et, tout en pointant son doigt vers l'école dans laquelle il allait, enfant, et dont la silhouette se détache au milieu des autres immeubles, il scrute son visage, fier de son piège, certain que cette fois, il y trouvera la clé.

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MessageSujet: Re: Don't forget who I am ~ Fred    Jeu 11 Oct - 19:03




Une main m’attrape le bras. Sa main. Je me retourne, Fred a l’air fatigué, épuisé par notre course effrénée à travers les rues de Détroit. Notre course à travers le temps… Son contact me fait frissonner. Il prend la suite de notre course, attrapant l’échelle d’urgence de l’immeuble devant lequel nous nous sommes arrêtés. Galant, il m’invite à grimper la première. Pour me rattraper si je tombe ? J’aimerais le croire. Mon corps n’a pas beaucoup de réserves. Je souffre encore des suites de mon anorexie, ma maladie qui m’a sauvé la vie. Je serais morte si j’étais allée dans la prison pour adultes. Deux ans en centre de redressement m’ont déjà donné l’impression de vivre dans l’antre de l’Enfer. Alors trois ans en prison… Non. Je me suis enfuie avant et ce soir, pour ces quelques instants de parfait bonheur, je ne regrette pas mon évasion. Je continue mon ascension. Mon souffle est laborieux mais j’ai l’impression de monter vers le Paradis. J’ai l’impression d’être idiote en y pensant, pourtant j’y crois. Nous montons vers le toit du monde. Là-haut, tout rêve peut prendre vie.

Enfin, nous arrivons. Je suis la première à voir la vue, superbe, la ville qui s’étend sous nos regards. J’en ai le souffle coupé. J’avais oublié. Oublié à quel point c’était beau. Oublié quel pouvoir mystique et étrange Détroit avait sur moi. Son emprise, sa force, sa puissance. Ma ville. Mon Eden dans chaque lumière, chaque étoile. Je ferme les yeux. J’ouvre les bras, et laisse le vent m’envelopper dans les siens. C’est merveilleux. La sensation est incroyable. J’aimerais m’envoler ! J’aimerais sauter, sentir le vent me porter comme un oiseau, planer au gré des courants, ne plus penser à rien. Rien. Rien. Je n’ai plus peur. De rien.

Fred tend le doigt et me montre notre ancienne école.

Aussitôt, mon visage se fige, les muscles de tout mon corps se crispent involontairement. Je regarde Fred, essayant de voir dans son regard s’il a compris qui j’étais. Non, pas encore. Il est à deux doigts, je le sens. Je me rapproche du rebord du toit et mes yeux se perdent dans la contemplation de la vieille bâtisse, qui tout compte fait n’a pas tellement changée depuis que nous l’avons quitté. Sans regarder Fred, lui tournant même le dos pour ne pas qu’il voit mes yeux légèrement humides d’émotions. Cette école, je l’aimais mais dans le fond pas tant que cela. Je ne sais plus. Trop de souvenirs. Trop de regrets. Trop de bons moments qui me rappellent que j’ai grandi, que plus rien ne sera jamais comme avant.

Oui, bien sûr que je la reconnais… L’oublier, ce serait comme oublier une partie de moi.

Et t’oublier toi, Fred, est-ce que ce serait comme renier une part de moi-même ? Cette partie de mon cœur que je t’avais offerte, sans que tu le saches, sans que jamais tu ne t’en rendes compte ? Ce morceau de moi qui pensait à toi, à chaque fois que je croyais entendre le son de ta voix quelque part, ou croiser ton regard. Cette blessure faite par un seul échange de regard, et qui n’a pas cicatrisée vraiment. Cette blessure faite par deux mots, si anodins, quand nous nous sommes bousculés un jour dans un couloir : « excuse-moi ». Le son de ta voix.

Il y avait un chat, dans la loge de la concierge à l’entrée. Un petit chat noir et blanc, on lui gardait du jambon de la cantine pour lui donner à la récrée.

Je tremble.

Quand il pleuvait à l’automne, les feuilles mortes bouchaient les grilles d’évacuation de la cour et on pataugeait tous avec de l’eau jusqu’aux chevilles. Les plus jeunes avaient le droit de rester dans le gymnase, pour ne pas prendre froid.

Et moi je gardais le nez collé à la fenêtre, pour te regarder prendre l’eau. Je n’entendais pas les gens qui m’appelaient. J’avais juste envie de courir vers toi, de me mouiller à tes cotés et de rire avec toi. Légèrement pathétique quand j’y repense aujourd’hui. Je ne sais pas ce que je pouvais te trouver de si particuliers à l’époque, et je ne sais toujours pas pourquoi mon cœur s’emballe encore maintenant, juste parce que tu te tiens derrière moi. Tu n’as rien du beau grand ténébreux de mes fantasmes. Rien du surfeur australien que les filles des villes sinistres et lugubres voient sur leurs téléviseurs. Rien non plus de l’homme riche et respectable que l’on peut présenter à sa famille. Quelle famille ? Ma sœur à trop peur que la police me retrouve, elle ne me parle plus. Alors qu’est-ce qui m’attire tant chez toi ? Si je le savais, si je pouvais le nommer, … le charme peut-être serait rompu.

Fred…

Je lui tourne le dos. J’ai peur de voir son visage quand je vais lui demander… quand je vais avoir le courage de poser la question qui pourrait tout gâcher entre nous. Mais je ne peux plus rester là près de lui sans savoir.

Je… je suis… est-ce que je suis une inconnue pour toi ?

Les mots me font mal, tellement mal…


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MessageSujet: Re: Don't forget who I am ~ Fred    Lun 15 Oct - 20:08

Il le savait. Il le savait tellement que la confirmation ne le surprend pas, et surtout ne lui procure aucun plaisir : pas de plaisir à voir sa fausse inconnue se crisper, comprendre qu'il a visé juste, mais que c'est un couteau qu'il a lancé. Un vague remords l'étreint, un moment, mais il ne la lâche pas des yeux, trop près qu'il est de la voir enfin telle qu'elle est réellement. Et ça remonte, ça y est, ça lui emplit la gorge d'une émotion chaude qui l'étrangle, ça se répand jusqu'au cerveau, ça pique les yeux en passant. Ce n'est pas soudain, pas comme quand on oublie un truc et que tout à coup ça revient, à se taper le front du poing. Non, c'est bien plus insidieux que ça, plus calme : c'est comme s'il admettait, enfin, après une longue réflexion posée, une évidence qui lui tournait autour depuis le début mais qu'il avait simplement ignorée en prétendant vouloir chercher plus loin.

    L’oublier, ce serait comme oublier une partie de moi.

Oui, oui, c'est tellement ça : ça s'applique à elle aussi, dans sa mémoire à lui. Il ne l'a jamais oubliée, cette petite blonde, ce regard vif, cette aura de mystère comme une auréole qui la distinguait des autres. Oh, il aurait dû le savoir, comment a-t-il pu se faire avoir à ce point par un bête changement de couleur ? Elle a grandi, tellement changé depuis la dernière fois, et cependant la même intensité dans ses yeux, le même fourmillement de fascination qui lui grimpe au corps quand il la regarde. Mais au fond, il le savait, sinon ça le surprendrait davantage ; seulement il ne l'admettait pas, le gardait lové comme un secret au creux de son inconscient.

Il regarde son dos, la courbe de ses cheveux trompeurs qui dévoile à peine sa nuque, cette silhouette qui ne ressemble plus en rien à la jeune fille qu'il a connue. Et il écoute cette voix qui est comme neuve, comme une découverte, tant ils avaient peu échangé de paroles à l'époque. Tandis qu'elle décrit ces souvenirs d'école qu'ils ont en commun, de même que tous les enfants de leur quartier, toile de fond à ce qui fut leur enfance et leur adolescence, il laisse se dessiner en lui les lieux, les instants qu'ils évoquent. Un brin de nostalgie, les bruits de la cantine, l'odeur des feuilles mouillées, l'odeur du froid et ce froid sur les pieds... Où est-elle, là-dedans ?

Il n'a rien de solide à se rappeler, à vrai dire il a oublié la première fois qu'il l'a vue, s'ils se sont jamais parlé, et même précisément tous les contextes où elle apparaissait. Et pourtant elle est toujours là, dans tous ses souvenirs de l'époque, comme une présence diffuse, fantomatique, qui a habité chaque seconde de sa vie. Il la cherchait dans les couloirs, aux récrés, à la sortie. Il avait le regard qui papillonnait de gamine en gamine pour la trouver, ou juste dans le lointain à se poser des questions sur elle. C'est quelque chose qu'il n'a jamais dit à Alyss ; peut-être le croyait-elle seulement rêveur quand il se perdait dans la quête un peu floue de sa silhouette au milieu de la foule des élèves.

Oui, il a oublié les circonstances, comme il a oublié son nom – s'il l'a jamais connu – mais il ressent toujours, plus vive que jamais, la morsure de son regard, le coton que ça lui faisait couler dans les veines. Elle le regardait, aussi, il sait, il veut croire que cette bizarre fascination qui n'est pas de l'amour n'était pas à sens unique. Quelque chose était passé entre eux, un truc diffus, pas bien admis, et qu'il ne saurait ni décrire ni expliquer s'il devait mettre des mots dessus. Quelque chose était là et à la fois c'était l'absence de ce que ça promettait, l'impossibilité de devenir ce vers quoi pourtant ça tendait qui était si fort, qui le hante aujourd'hui. Les désirs qu'on accomplit ne laissent qu'une trace éphémère de bien-être, qui s'efface et s'oublie avec le temps, tandis que ceux étouffés dans l'œuf se gravent au plus profond de soi. Ne pas l'avoir connue à l'époque, n'avoir jamais su l'atteindre, voilà ce qui le tourmentait, ce qui le trouble encore après toutes ces années. Et maintenant elle est là, à portée de sa main... maintenant quoi ?

Elle dit son nom, doucement ; ça le tire du passé, de ses interrogations floues, le ramène au présent. Toujours sa nuque devant lui, découpée comme une ombre sur les lumières infinies de la ville.

    Est-ce que je suis une inconnue pour toi ?

Voilà, c'est maintenant qu'il devrait passer devant elle, mettre sa main sur son bras, plonger dans ces pupilles qu'il cherchait tant, autrefois, et avant de s'y noyer lui murmurer son nom, lui dire toutes ces choses qu'il faut dire, puis la serrer contre lui, l'embrasser peut-être. Alors pourquoi reste-t-il planté là comme un benêt, derrière elle, silencieux, laissant tomber lourdement des secondes qu'il pourrait pourtant si aisément remplir de ce qu'il a si longtemps désiré ? Mais peut-être est-ce justement parce que ces fantasmes sont si vieux à présent. Il ignore ce qui se passera s'il fait ce pas, s'il dit ces mots. Celle qu'il a tant rêvée ne risque-t-elle pas de se révéler trop réelle et détruire par là même tout ce qu'il a jusque là gardé d'elle, et qui lui est précieux ? Après tout la fascination qu'il avait pour elle à l'époque n'avait rien de cette attirance qui s'y mêle aujourd'hui. Ne risque-t-il pas de pervertir ces souvenirs si beaux de fuites et d'émois en y ajoutant quelque chose de trop concret ? Et cependant il ne peut se taire, il ne peut la laisser s'échapper encore une fois.

Alors il se contente de s'avancer pour se placer à côté d'elle, face à la vue, face à Detroit, et parle doucement.

    Pour moi, tu l'as jamais été.

Il hésite à en dire plus, tant il peine à mettre des mots sur ce qu'il veut exprimer. Mais il fait l'effort, et se tourne vers elle, guette ses yeux.

    Moi non plus je n'ai rien oublié. Sauf peut-être... mais je ne sais même pas si je le connaissais...

Cette fois il prend sur lui, inspire profondément comme pour emmagasiner du courage dans ses poumons : il se met face à elle, saisit délicatement ses avant-bras pour l'empêcher de se détourner encore. Comme il la regarde, comme il admire son visage, il réalise seulement maintenant qu'elle a aussi beaucoup maigri, et cette légère faiblesse qu'il lui découvre soudain lui va direct au cœur, en même temps qu'il constate le trouble que dévoilent ses traits, l'humidité de ses yeux. Ça le touche tellement, foutue niaiserie, que c'est presque en bafouillant qu'il reprend :

    Est-ce que... est-ce que j'peux te demander... ? Je voudrais juste savoir. Ton nom.

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MessageSujet: Re: Don't forget who I am ~ Fred    Mar 23 Oct - 15:36




Quand il s’approche de moi, je retiens mon souffle, mon cœur s’emballe. L’instant semble durer, durer, l’éternité. Je n’ose le regarder en face, cet homme qui m’apparaît aujourd’hui comme une partie de mon être, de mon âme. En cela, l’instant éternel est irréel. Et tellement magique à la fois… lorsque Fred force nos regards à se retrouver, lorsqu’il me regarde et que je sens mes joues rougir légèrement, j’ai peur de ce qu’il peut lire sur mes traits. Mon visage était pâle comme la mort, il y a si peu de temps encore, aujourd’hui j’ai meilleure mine, mais mes cheveux noirs autrefois dorés, me donnent un air plus sombre et mature. Fred attrape mes bras pour me retirer toute possibilité de fuite. Mais je suis bien placée pour savoir qu’on ne fuit jamais vraiment son passé. Jamais. Je maudis Fred de m’obliger à rester là face à lui, alors que ses mains glissent doucement pour me prendre les mains. Je le maudis de m’obliger à lui montrer mes larmes qui perlent à présent lentement sur mes joues. Je le maudis d’être là, témoin d’autrefois et d’aujourd’hui à la fois. Unique spectateur capable de la comparaison entre ce que j’étais et ce que je suis devenue. Je le maudis, mille fois. Et je sens, au fond de mon cœur, que je l’aime plus encore.

A… Asha. je murmure dans un souffle

Je relève doucement les yeux vers Fred.

Autrefois, je m’appelais Asha.

Pourquoi lui dire mon véritable prénom ? Pourquoi dire à cet homme, seul capable de me dénoncer aux autorités, que je suis l’Asha qu’elles recherchent depuis trois ans ? Pourquoi ? Parce qu’une part de moi ne peut croire que Fred me dénoncerait, justement. Il ne doit sans doute pas savoir que les Cops sont après moi. Très peu de gens se souviennent de moi, et ce qu’ils savent… j’ai volé, mais en ces temps troublés, qui ne le fait pas ? Nous mourrons tous peu à peu de faim, nous aurions tous une excuse plus ou moins valable de voler notre pain. J’ai joué les dealers, un temps, mais que ne ferions-nous pas pour un peu d’argent ? Quant à ces hommes, ces Cops que j’ai empoisonnés, tués, personne n’a jamais eu les preuves suffisantes pour me le reprocher. Sur les avis de recherche, apparaît la mention que je fus soupçonnée de meurtre, juste présente pour que les gens se méfient de moi et me dénoncent s’ils le peuvent.

Mais cela ne change rien à ce que j’ai fait. J’ai tué. Je ne suis pas digne de quelqu’un comme Fred, au regard doux, aux gestes tendres. A-t-il déjà fait souffrir quelqu’un ? A part moi. Je ne pourrais croire qu’il soit moins innocent qu’il n’en a l’air. Tout comme je ne pouvais croire que ma propre sœur me jetterait hors de chez elle… J’ai toujours été une personne réaliste, mais concernant les gens que j’aime, je suis d’une naïveté surprenante. Sans doute est-ce pour cela que je ne peux m’empêcher d’être sincère, avec Fred.

Je suis recherchée, alors il vaudrait mieux que tu m’appelles Jenn pour l’instant. S’il te plaît…

S’il te plaît… ne pose pas de questions. Même si tu t’en poses, ne m’en poses pas. Ne m’oblige pas à choisir entre mon désir d’être honnête envers toi, et ma propre sécurité. Je ne pourrais pas… mais je serais obligée de le faire… je serais blessée… de devoir te mentir pour rester libre… libre, sans menottes aux poignets, mais rongée par les remords, les regrets, ton regard dans le mien. Si je devais te décevoir… J’imagine une petite ride de contrariété sur son front, un voile de déception dans ses yeux, son sourire se figer et disparaître. J’imagine qu’il se détournerait, sans un mot, songeant sans doute que je ne mérite pas même un adieu, et qu’il s’en irait. Et je m’effondrerais, tout simplement. Alors je serre un peu plus fort ses mains dans les miennes, pour chasser les mensonges, m’accrocher à ce qui est vrai, à lui, à nous, me raccrocher à la chaleur de ses doigts entrelacés aux miens. J’ai besoin de sentir qu’il est là, qu’il est réel.

Recherchée. Cela veut tout et rien dire à la fois. On peut être recherché par les Cops, mais le citoyen lambda de Détroit peut tout aussi bien être recherché par des gangs, ils sont légion dans certains quartiers, ou par des gens qu’il ne fait pas bon aller déranger, mais que l’on va voir comme même en désespoir de cause. Rien ne manque ici, que l’on trouverait aussi aux Enfers. J’ai tué. Quand viendra mon tour de mourir, je ne serais pas dépaysée. Dans une Amérique autrefois si pieuse, difficile de dire en quoi nous croyons encore aujourd’hui. Pourtant le Ciel et l’Enfer semblent avoir gardés une certaine popularité. Allez savoir pourquoi.

Si tu savais depuis combien de temps j'attendais le moment où tu me regarderais et où... où je pourrais sentir ta peau contre la mienne et... pardon, je dois avoir l'air d'une folle.

Après de tels aveux ? Oh certainement ! Mais folle... de quoi ? De croire que des années à idéaliser cet être que j'ai à présent en face de moi, l'a rendu réel ? Il est réel ! Il l'est ! Mais pour combien de temps ? Je serais obligée de repartir un jour, de fuir de nouveau, et alors à ce moment-là... je n'ose imaginer ce qui se passera.





Hors-jeu : Il est évident que tu peux poser toutes les questions que tu veux sur le passé de Jenn XD Si tu veux rebondir dessus, ou pas, c'est comme tu préfères. Maintenant ou plus tard je pense que ça pourrait être intéressant qu'elle apprenne que tu as été dans une école de flics... ^^



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MessageSujet: Re: Don't forget who I am ~ Fred    Dim 28 Oct - 12:27

    Asha.

Ça lui revient, lentement. Il avait dû le connaître, ou l'entendre quelquefois, finalement. À moins que ce ne soit que son imagination, parce que ce nom et la douceur de ses sonorités, comme un murmure, lui vont si bien. Asha – la brise, insaisissable, le souffle qui vous traverse et vous ébouriffe avant de disparaître. Oui, ça lui va bien.

Il a enfin repris son souffle depuis leur course folle, et sa respiration s'est faite profonde, même si son sang pulse encore avec force, quoique plus lentement. Mais l'effort physique n'en est probablement plus la cause. Il se sent serein, malgré le stress qui le travaillait il y a à peine quelques instants, avec la sensation de se trouver enfin où il est censé être : là-haut, tout au sommet de Detroit devenu mer de lumières sous ses pieds, entre la fraîcheur du toit et la tiédeur d'un corps en face de lui, avec offert à son regard le choix entre ce visage si longtemps recherché, tout barbouillé d'émotion, et l'horizon, fugace et changeant, derrière son épaule. Désirer que cet instant dure toujours : un cliché qu'il veut bien admettre, ce soir.

Hélas, comme chaque fois qu'on croit toucher du doigt la perfection elle s'effondre pour vous laisser tout ahuri devant ses décombres, la béatitude ne dure pas. Fred est ramené soudain à l'existence du monde extérieur, à tous les dangers, tout le malsain qui rôde dans les ombres de cette ville pourtant si belles à voir de là où il est. Rien ne dure, il devrait le savoir plus que quiconque ; surtout quand de ses idylles adolescentes on oublie de se rappeler l'essentiel.

Asha ce n'était pas seulement ce rêve imprécis au détour des couloirs, l'innocence d'une enfant qu'on désire sans érotisme – c'était aussi la fascination pour un côté sombre qui ne s'admettait pas, la tristesse pourtant mêlée d'excitation de la savoir hors-la-loi. Voilà en réalité où il avait entendu son nom pour la première fois : en contemplant son visage pour une fois figé et non plus fait de fuites sur l'annonce de son arrestation. Tout un nouveau degré de mystère qui à l'époque lui avait paru renforcer son attrait... Mais les choses ont changé, il a mûri depuis, pris conscience de tout un monde d'implications, de l'importance de la justice.

Il devrait la dénoncer, c'est son devoir. C'est vrai qu'à le connaître on ne lui donnerait pas de sympathie pour la police, et il ne prétend pas en avoir. Mais la justice... Ceux qui commettent des crimes doivent en payer le prix, c'est là une des règles de base à la construction de toute société équilibrée. Autrement c'est l'anarchie, la porte ouverte à toutes les violences, à toutes les injustices. Il le devrait, mais ne le peut évidemment pas. Et puis se dire qu'avec le gouvernement actuel, si elle est arrêtée, elle risquerait les Animals... Or il ne peut pas risquer de la perdre comme ça, pas elle aussi, pas deux fois. Sa santé mentale en dépend.

Il s'accroche à la conviction qu'elle n'a fait que voler, comme il lui semble malgré le flou de ses souvenirs que c'était le principal chef d'accusation contre elle, qu'elle était une adolescente affamée comme les autres et que ce crime alors n'en est pas vraiment un. Pas qu'il soit en train d'essayer de se convaincre de ne pas la dénoncer : il sait très bien qu'il ne le fera pas. La justice lui pardonnera, elle a de pire criminels dont elle doit se soucier. Et puis son but dans la vie n'est pas d'aider à arrêter tous les fugitifs qu'il croise, non, son dessein va bien au-delà, est bien plus noble : travailler à ramener ce monde à l'équilibre et à la paix, où on pourra efficacement juger les crimes de chacun, et où les Animals n'auront plus lieu d'être. Pour ce faire, pour rejoindre les renégats, mieux vaut ne pas avoir la mention "dénonciateur" collée sur le front. Et, qui sait ? quand il aura réussi, quand Detroit sera retourné à la paix grâce à sa participation, peut-être pourra-t-il exiger que soient effacés les crimes passés d'Asha. Il veut y croire.

Il se rend compte qu'au fil de ces réflexions, il a laissé ses mains glisser, malgré la pression augmentée de celles qui les tenaient, et qu'il a fini par lâcher. Son regard s'est fait vague, peut-être même a-t-il reculé. Mais pourquoi ? Serait-ce une forme de rejet inconscient de sa part ? Au fond, la perçoit-il différemment maintenant qu'il sait, maintenant qu'il se rappelle ? Il cherche au fond de lui, mais n'en a pas l'impression. Il ne se soucie pas qu'elle ait volé ; il se soucie de ce que cela implique pour elle, par rapport à la société. Seule a changé la façon dont ils pourront vivre leurs retrouvailles, et non celle dont il a envie de les vivre.

Tant de barrières tout à coup, tant d'obstacles, après tous ceux qu'ils ont déjà dépassés en se retrouvant là, en ayant dépassé les années, la distance pas vraiment définie mais alors d'autant plus forte qu'il y avait toujours eu, entre eux. Il se détourne quelque peu, regarde à nouveau Detroit comme si pouvaient en surgir des réponses. Sa tête bourdonne de ces pensées qu'il ne sait pas comment mettre en ordre. Tant de barrières et cependant... l'attirance rendue plus vive encore par tous ces empêchements. Rien de plus séduisant que l'interdit, de plus excitant que l'impossible.

    Si tu savais depuis combien de temps j'attendais le moment où tu me regarderais et où... où je pourrais sentir ta peau contre la mienne et...

S'il avait des doutes quant à ce qu'il éprouvait, ceux-ci s'envolent définitivement. Tout ce qui reste comme écho en lui de sa fascination d'adolescent, l'attirance subtile qui s'est développée entre eux ces derniers jours, la pensée qu'elle est ce fruit interdit et que l'avenir est incertain, la découverte enfin que ses fantasmes à elle rejoignent les siens, tout ça se mêle en lui avec effervescence et éclate en une somme de désirs bruts qui le saisissent tout entier.

Ce qu'à l'époque il ressentait pour elle et son mystère n'avait rien d'érotique, ou alors seulement englobé dans cet érotisme général dont, à l'adolescence, âge des hormones en ébullition, on teint le monde, et il ne désirait ni contact ni vie à partager avec elle. Même à présent il ignore ce que sont de manière précise ses sentiments pour elle. De l'amour ? Peut-être, peut-être pas, il n'en sait rien ; il est trop tôt pour le dire – et puis surtout il ne s'en soucie pas. Le passé s'évapore, il oublie qui elle était, qui il était ; l'avenir de même, et toutes les incertitudes qu'il contient. Ne reste que la conscience du lieu où ils sont, de tout ce qu'ils partagent.

Alors il se retourne à nouveau vers elle, ne sachant plus pourquoi il s'était détourné, et, sans lui répondre car il ne sait que dire, ou plutôt lui répondant de la manière la plus explicite possible, il saisit son visage et l'embrasse avec fougue.

C'est si facile de ne penser à rien, de goûter seulement ses lèvres et de mêler ses cils aux siens, de glisser ses doigts le long de sa nuque et dans ses cheveux, de s'y accrocher, sans brusquerie mais avec fermeté, comme si c'était là la dernière prise avant une chute inévitable.

Les instants coulent, miel sur ses angoisses. Puis il se détache doucement, reprend son souffle.

    J'ai trop attendu aussi, murmure-t-il une fois le premier élan de passion calmé, ils ne te trouveront pas.

Et tant pis les risques, tant pis son devoir et la dévotion de sa vie : pour l'instant tout ça se noie dans le bleu trop enivrant de ses yeux.

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