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 Please don't leave me [H. ''Domino'' Monroe]

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MessageSujet: Please don't leave me [H. ''Domino'' Monroe]   Ven 28 Sep - 17:13


La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?
Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !*


Baudelaire, À une passant, Les Fleurs du Mal (1857)

    Elle avait froid. Pourtant, ce n’était pas extérieur.
    Elle avait très froid. Son être entier semblait s’être métamorphosé à l’azote.
    Ce n’était pas une ligne, ni une pilule et encore moins une seringue.
    C’était douloureux jusqu’au bout des os. Sa moelle entière s’était liquéfiée dans ses veines pour l’engloutir jusqu’à la démence. Insoutenable.
    Elle aurait voulu s’effondrer au sol pour disparaître en millier de morceaux de verre. C’était tellement incompréhensible. Elle connaissait la fin de « Delirium », mais la sienne lui échappait complètement.
    C’était peut-être écrit? Une page griffonné au fond d’un carnet. Elle repassait tout ce qui s’était produit depuis son arrivée.
    Les corridors. Les murs malades. Les néons qui perçaient la peau. La cuisine. Le réfectoire. Les cellules. Le salon.
    Le salon. Son lieu de réconfort. Seul endroit où elle pouvait se dire en sécurité.
    Elle y laissait, quotidiennement, au gré de l’habitude et du bien que ça lui concédait, des confessions.
    Il était fantôme, elle était image. Elle rêvait de ce qu’il pouvait bien être, elle qui ne parlait à presque personne. Elle traçait parfois son visage dans ses vieux cahiers, espérant, peut-être, qu’il puisse exister.
    Il était songe. Elle était virtuelle. C’était un échange.
    Un peu de chaleur dans le fond des cellules qui lui donnaient l’envie de gerber..
    Ses mains se lièrent pendant un instant, simplement pour se réchauffer à défaut d’avoir froid au corps.
    C’était l’âme qui venait de se frigorifier.

    Peur. Peur de perdre. Tout perdre.
    Elle pensait à Fred, là-bas, dans le vrai monde. Il était bien. Il était seul.
    Elle avait voulu vaincre la solitude : elle s’en était retrouvée encore pire. Le vide. Le néant. Se foutre en l’air. Se foutre complètement et consciemment en l’air. « Delirium », c’était ça. Elle s’était mise à trembler malgré elle, séchant les larmes invisibles qui coulaient sur ses joues enduites de sombres sillages. Mascara. C’était une apparence désastreuse qui s’éveillait à chaque fois qu’elle croisait son reflet. Une déconfiture vivante. Elle déglutie en frissonnant une toute dernière fois avant de se recroqueviller sur elle-même.

    Ses doigts avaient filé jusqu’à sa table de chevet pour y voler un crayon. Cherchant sous son oreiller tous les post-it qu’elle cachait aux yeux du monde. Elle les avait tous gardés, collectionnant les semblant d’amitié pour parfaire son malheur.
    Elle prit une longue inspiration et traçant les mots : « J’ai peur de te perdre. » elle tua son misérable orgueil virtuel. Oui, elle avait peur de perdre la seule chose de bien qu’elle avait construite. Une affection immuable pour un inconnu, pour une histoire qui ne lui appartenait pas.
    Elle se pinça les lèvres par habitude, relisant son message pour la énième fois. S’il savait à quel point elle avait besoin de lui maintenant.

    Elle entendit le bruit des cellules qui s’ouvraient. Elle se leva avec le poids de l’univers sur ses épaules, vouée à la mort certaine. Elle avait si peur… À trop jouer les téméraires, elle s’était retrouvée la corde au cou… Sans espoir de retour. Elle passa toutes les cabines de métal, noyant une certaine haine qui l’habitait en regardant ceux qui n’avait pas été nommés pour la boucherie. Elle les détestait. Tous. Ils étaient saufs, eux. Pourquoi? Pourquoi étaient-ils saufs et pas elle? Elle voulait partir, déguerpir! Elle n’arrivait pourtant pas à regretter Delirium. Ses pas étaient si lourds qu’il lui semblait qu’elle avait des chaussures de plomb.
    Respirer. Respirer. Respirer. RESPIRER!
    Elle commençait à perdre son calme olympien. Le perdre parce qu’elle se rendait bien compte qu’elle ne pourrait plus échapper à la roue qui tournait. Elle sentit son estomac se nouer, se vider de tout sens. Elle voulait mourir maintenant.

    Au salon, tout était vide. Calme.
    Elle s’agenouilla pour y déposer son message, relisant une dernière fois :

    Code:
    « J’ai peur de te perdre. »

    Et elle se rappelait tous les noms qui avaient défilé dans la liste noire du commerce télévisuelle. Il n’était peut-être pas de ceux-là?
    Mais une chose était certaine : elle en faisait partie, elle.

    Elle fit mine d’aller s’asseoir sur le rebord de la fenêtre pour observer le vide. Ce manoir était un four crématoire… Il fallait tous les consumer, un à un.






Dernière édition par A. ''Delirium'' Moore le Jeu 18 Oct - 1:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Please don't leave me [H. ''Domino'' Monroe]   Ven 28 Sep - 20:01



Tu vas peut-être crever. Non, mieux, tu vas certainement crever. De toute façon, tout le monde est censé mourir un jour ou l'autre, toi, on t'a juste poussé en première ligne. Tout ça à cause de ces foutus jeux. Jeux inventés par le dernier des sadiques, pour nourrir son pays. Le nourrir de sang. Après tout, qui peut leur en vouloir : il faut bien de quoi les alimenter, les moutons de la société. Quelque chose de sanglant, de pailleté. Quelque chose qui va les faire sourire. T'as l'impression d'avoir fait un bond en arrière, un bond de quelques siècles. Tu sais, quand les gladiateurs se battaient dans une arène, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un. Tu es comme ces gladiateurs. Tu ne sais pas pourquoi ton adversaire se retrouve là. Tu ne sais pas ce qu'il ressent à cet instant. Tu ne sais même pas qui il est, et tu en arrives à un tel point que toi non plus, tu ne sais même plus qui tu es.

Quand ton nom est tombé, tu n'as pas voulu y croire. Parce que c'était tout simplement impossible, inconcevable. Inacceptable. Tu sais, ces choses là, ce n'est censé arriver qu'aux autres. Pour le coup, c'est tombé sur toi, infortuné. Rien que d'y penser, tu déglutis, à nouveau. On vous a embarqué comme des bêtes, dans ce bus aux couleurs du jeu. C'est atroce, terriblement laid. Tu n'as jamais autant détesté le rose. Puis, on vous a rapidement planté devant une télévision. Topo rapide, concis. Vous allez-vous entre-tuer, qu'est-ce qu'il y a à savoir de plus de toute façon ? Rien que d'y penser, t'as la rage au coeur. Quelques instants plus tard, Zaphkiel te prend à part pour te parler. Tu restes vide. Totalement vide. Aucune expression, rien. T'as envie de te battre, jusqu'au bout. Pour tous ceux qui t'attendent dehors, ceux qui t'attendent en cellule aussi. Cette fille, à qui tu écris ta vie sur des post-it. Cette délicieuse inconnue avec laquelle tu as partagé tant et tant de choses. Tu espères qu'elle se porte bien, tu espères qu'elle va comprendre, quand tu vas mourir, que c'était toi, Domino Monroe. Tu espères qu'elle se souviendra de toi, un bout de temps encore.

Retenant un soupir, tu fais demi-tour. Tu ne veux pas rester plus longtemps dans les ruines. D'un côté c'est ton élément, c'est on milieu, car tu n'es que ça : les ruines de ce qui, il y a moins de vingt-quatre heures, était un homme. Ton monde s'est écroulé si vite, tellement vite. Impossible de retenir la moindre brique de ta vie, tout s'est envolé, sous le souffle de cette nouvelle : ta participation. Traînant des pieds, tu regardes par terre. Tu regardes tout autour aussi. Tu scrutes la moindre chose, le moindre petit détail. Une connerie à laquelle tu pourras toujours te rattacher, si la vie venait à te quitter, sous peu. Par stress, tu serres les dents, et tu glisses tes mains dans tes poches. Qu'est-ce que tu peux bien faire maintenant, à part espérer, hein ? Penser à ceux qui sont dehors. Penser à tous les taulards qui auraient dû finir ici, à ta place, à votre place. T'as la haine, ça te parcourt les veines, ça te bouffe de l'intérieur, pour mieux te paralyser jusqu'à la moelle.

Tu arrives dans le salon. C'est le dernier soir où tu vas pouvoir être toi. Le dernier soir pour détailler les visages, les attitudes. Cette nuit, l'un d'entre vous va claquer. Peut-être toi, peut-être Zak, peut-être Travis, la Rouquine, la petite brune, un des fishnet, fletcher. Quelqu'un. La pièce est vide, le calme règne. Il n'y a que la brunette, près de la fenêtre. Tu n'y fais pas attention, tu ne la remarques même pas, non, t'es trop occupé à errer comme un fantôme. Tu n'as pas de but précis, juste avancer. Étrangement, tu t'ennuie. Tu n'as rien de constructif à faire, et ça t'agace, profondément. Tu scrutes la pièce. C'est plutôt sommaire comme composition, mais c'est l'ambiance qui veut ça : film d'horreur dans un manoir. Tu balayes du regard chaque élément, et finalement, tu viens t'appuyer sur la table. Tu glisses les mains le long du bois, et discrètement, tu les passes en dessous. Qu'est-ce que tu espères y trouver, hein ? Un bout de papier ? C'était avant, ça. Personne n'est là pour toi, ici, à part Zak. Cette amie virtuelle qui compte tant pour toi. Elle n'est pas là pour te rassurer, te faire sourire, t'émouvoir. Puis tes doigts viennent attraper quelque chose. D'abord, tu crois que ce n'est qu'illusion : tu vois, tu deviens fou. Et finalement, le petit post-it que tu rattrapes te prouve bien le contraire.

Elle a écrit:
« J'ai peur de te perdre. »

Tu n'en crois tout simplement pas tes yeux. Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que c'est faux ? Est-ce que quelqu'un est au courant, et il joue avec toi ? Tu n'en sais rien. La colère te prend, elle t'emporte : elle ne peut pas être ici, elle n'a pas le droit d'être ici, ils ne peuvent pas l'avoir choisie. Légèrement paniqué sur le coup, tu déchiffres rapidement les mots : c'est pas facile, d'être dyslexique. Ça vient tout seul. Elle ne veut pas te perdre ? Tu n'arrives pas à réaliser, pas du tout même. Sans aucune discrétion, tu regardes tout autour de toi. Où est-elle ? Où est-elle ? Tu ne sais pas ce que tu veux d'elle. Lui sauter dans les bras ? L'embrasser ? Pleurer sur son épaule ? La réconforter ? Lui faire comprendre que c'est la fin ? Tenter de l'aider ? Parler de tout et de n'importe quoi ? Tout se mélange dans ton esprit, tu n'es clairement pas bien, sur le coup. Déglutissant, tu viens chercher un vieux crayons dans la poche de ton uniforme. Avec les difficultés d'un gamin d'une dizaine d'années, tu réponds. Tu es à la fois excité, en colère, inquiet.

Toi a écrit:
« J'ai peur de te perdre. Peur de mourir et de disparaître. J'ai peur que tu t'en ailles, que tu ne sois qu'une illusion. J'ai peur de devenir fou. J'ai peur que ce soit la fin. »

Autant dire que c'est laborieux, de rédiger ces quelques courtes phrases. Tu as peur qu'elle ne soit pas réelle, qu'elle s'en aille. Pourtant, tu aimerais tant la voir. Parcourir les traits de son visage du bout de tes doigts. Voir un peu de vie, juste devant toi. Tu reposes le papier sous la table, et retournes t'asseoir. Tu regardes tout autour, une nouvelle fois. Où est-elle ? Qui est-elle.

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    DENIAL.ANGER.BARGAIN.DESPAIR.
    A C C E P T A N C E.
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MessageSujet: Re: Please don't leave me [H. ''Domino'' Monroe]   Sam 29 Sep - 22:28


Partout
la haine nous attend
pour souper

Mais nous avons décidé de rester petits
de nous courir après dans les sous-sols de la peau
nous épuisant au jeu de nos veines
où le sang saute à la corde
dans les parcs qui nous résonnent
sans fin dans la tête

Une platée
de temps perdu
refroidit stupide
sur la table de nos corps
nous rions

Il y a longtemps
que nous me mangeons
plus.


*Fernard Durepos, Le ventre vide des amoureux. Mourir m'arrive (2004)

    Elle avait aboli toute présence près de son être.
    Seule.
    Seule à la fenêtre. Seule dans cette pièce. Seule au monde.
    Un vide se creusait jusqu’à ses cernes. Son estomac, comme une gueule béante, ravalait tout ce qui l’entourait. C’était lourd. C’était douloureux. C’était ignoble. Le sentiment de n’être plus humaine… Ou était-ce de l’être trop?
    Elle grattait frénétiquement son bras où mille et une aiguilles avaient su s’y loger. Depuis longtemps, elle n’en gardait plus aucune cicatrice, mais elle s’en souvenait ; ce bien fou qui la faisait frémir jusqu’à l’aurore avant de s’endormir, épuiser d’avoir surplombé sa propre vie de rien du tout.
    C’était des cristaux de rêve qui lui gelaient les veines. Par réflexe, ses lèvres se mirent à frissonner comme si elle avait repris une dose. Elle leva ses grands yeux d’hiver sur la peinture gothique de leur prison de verre. Ils étaient condamnés.
    Elle avait besoin de lui, d’où qu’il soit… Qui qu’il soit. Simplement lui. L’autre. L’inconnu. Celui dont elle avait fini par inventer les traits pour substituer l’absence. C’était un signifiant à la recherche d’un signifié : il était palpable entre ses mots. Palpable jusqu’à lui faire croire qu’à chaque nuit, elle se blottissait contre lui, contre personne. Les messages sous son oreiller qu’elle relisait calmement pour se rappeler qu’il était si près et qu’elle ne pouvait le voir. Elle souffrait de lui, elle souffrait sans lui.
    Elle se mordit la lèvre avant de se retourner vers la pièce : tout était à nouveau calme… Si ce n’était cet autre qui venait d’y pénétrer le grand salon. Filer… Filer vite.

    Elle avait disparu pendant quinze minutes pour se rendre à la salle de bain. De là, elle pouvait se regarder, écœurée. Ce reflet en loque, c’était bien elle. Elle sourit en même temps que son image le lui ordonnait. Ses mains se touchèrent pendant qu’elle passait le revers de sa manche sur le mascara qui, une fois de plus, avait sondé ses joues.
    Elle ébouriffa ses cheveux. Elle aurait voulu être un prototype. Une jolie blonde.
    Elle n’était qu’une sombre fille en déconfiture.
    Loin d’être plantureuse, loin d’être ce qu’on aurait attendu d’elle. Elle se sentait minable et étourdie.
    Violemment, elle plaque son dos contre le carrelage blanc des murs insalubres. Elle se laissa glisser au sol, les jambes disloquées par autant de dégoût. Elle voulait mourir avant que nous ne puisse commencer.

    Trente minutes se passent dans le plus sordide des silences : elle ne peut plus attendre.
    Elle s’était levée pour avoir une réponse, pour l’entendre. Elle avait peur de perdre ce à quoi elle avait réussi à tenir en ces lieux.
    Et s’il n’était pas réel? Si on se jouait d’elle depuis le début?
    Elle avait foncé les yeux baissés jusqu’à son havre de paix quotidien. C’était son plaisir, le lire.
    Attendre que ses mots puissent la consoler, puissent se joindre à ses songes. Elle sentit son cœur s’emballer quand elle franchit la porte : et s’il n’avait pas encore répondu?
    Elle jeta un regard nonchalant autour d’elle : le même garçon qui lui faisait dos. Discrètement, elle faufila sa main sous la table de rencontre, tira le papier jaune dans sa main, espérant que ce ne soit pas ses propres mots.
    Dans un coin réfugié de la pièce, elle lut :


    Il a écrit:
    « J'ai peur de te perdre. Peur de mourir et de disparaître. J'ai peur que tu t'en ailles, que tu ne sois qu'une illusion. J'ai peur de devenir fou. J'ai peur que ce soit la fin. »

    Elle sentit son cœur se serrer. Ce n’était pas ses mots à elle.
    Elle eut un sourire triste voulant se renfrogner dans sa façade indifférente habituelle.
    Elle caressa du bout des doigts les lettres qu’elle avait apprivoisées par cœur. Elle ne put retenir un léger soulagement de le savoir tout près..
    Mais où était-il?
    Elle avait peur de devenir folle, peur que cette histoire soit leur fin à tous les deux.
    Sa plume dans ses poches, elle prit sa ration de post-it et se mit à se confier, une seconde fois, priant pour qu’il revienne :

    Code:
    « J'ai peur de te voir mourir sans savoir ce que tu as été. Je ne suis pas une illusion, pas plus que tu n'en es une, du moins. J'ai peur que plus jamais tout ça n'existe. J'ai peur que tu m'oublies. J'ai peur de ne plus exister. J'ai peur de te voir demain. J'ai peur qu'on puisse te faire du mal... Suis-je normale de ne pouvoir accepter que tu partes? Reste encore un peu. »

    En balayant la pièce de ses grands yeux plein d’espoir, elle ne pouvait pas croire qu’il lui avait filé entre les doigts.
    Elle fit marche arrière, feignant de sortir de la pièce avant de se pencher discrètement pour venir coller un bout de son petit cœur sous la table de bois vernis qu’elle avait l’habitude d’appeler sa boîte de pandore.
    Partir… Trente minutes puis revenir.
    La soirée avançait et elle se sentait terrifiée.
    À nouveau, elle refit le même chemin : la salle de bain.
    Prendre une douche. Se refroidir, penser à autre chose.
    L’eau n’y changea rien si ce n’était qu’étendre encore plus le noir sur son visage.
    Elle décolla ses grands cheveux qui lui scotchaient aux épaules avant de repasser, machinalement, au gradn salon, les doigts croisés et l’excitation exacerbée. Elle ne regardait, à présent, plsus les autres autour : il n’y avait plus que lui.
    Ses doigts vinrent capturer les ailes de papier avant de lire le mot en se dirigeant vers la fenêtre, l’allure négligée :

    Citation :
    « Je resterai, jusqu'à la fin, je resterai avec toi, chaque jour qu'il me sera donné jusqu'à ma mort. Je suis terrorisé, à qui est-ce que je peux bien l'avouer, sauf à toi ? Je reste car tu es une des seules choses qui me restent, ici. Je suis terrifié par la mort, terrifié par le néant. Je ne sais pas, je ne sais plus ce que je veux. Pourquoi toi, pourquoi est-ce que tu es là ? J'aimerai te voir, te sentir, te toucher. Et à la fois, je me demande s'il ne serait pas préférable pour moi d'ignorer qui tu es. »

    Elle réfléchit. Fort.
    En gardant le message dans les poches de ses jeans, elle recommença son manège songeuse…. Désireuse. Avide.
    Avide de lui. Avide de le connaître, de le savoir bien en vie. En chair. Elle se mordit alors la lèvre, s’offrant à de grandes confessions pendant qu’elle prenait une inspiration profonde.
    Chercher les mots, les trouver, les coucher sur le papier qui jonchait sa cuisse et puis, rapidement, déguerpir pour que, dans une chrono de trente minutes, elle puisse à nouveau l’entendre, l’étreindre de ses mots :
    Code:
     « Parce que j'ai osé penser trop fort... Mais je pourrais te retourner la question? J'ai peur que tu me vois. Peur que tu finisses par lasser. Peut-être le mystère est-il plus rassurant que la vérité? Je ne veux pas te faire du mal.... Même si je voudrais tant... Non, c'est idiot. Il m'est impossible de t'oublier ou de t'ignorer. J'aimerais... J'aimerais te toucher, simplement une fois. Te garder pour moi, en secret. Loin des autres... Mais tu fileras entre les doigts, un jour ou l'autre, non? Ici, je peux te garder entre quelques lignes et un peu d'encre. J'ai peur de t'aimer. Existes-tu, dis-moi? »

    Peur d’aimer ce qui n’existait fondamentalement pas.
    Elle se dirigea vers sa cellule pour retirer tous les vestiges de son masque de porcelaine. Un visage vierge, sans couleur, blanc, apeurée. Elle ne voulait plus se voiler… Elle n’en avait plus la force, ni la conviction.
    Nerveusement, elle démêlait ses longs cheveux qui finirent en nœuds, les séchant en dans ses mouvements répétitifs et violents.
    L’attente.
    Elle voulait savoir. Maintenant.

    Salon.
    Dans l’embrasure de la porte, elle se pinça les lèvres, nerveuse.
    Elle fit son rituel en jouant les absentes d’esprit, tirant le message à elle avant de le camoufler dans ses mains pour qu’elle seule puisse en lire le contenu.

    Citation :
    « Parce que j'ai été naïf de faire confiance... J'aimerais tant avoir le temps pour tout te raconter. Ce temps si précieux, ce temps que l'on a plus. Me lasser ? J'en doute. Autre fois, j'aurais préféré rester dans le secret, car c'était amusant, c'était notre jeu, après tout. Aujourd'hui, j'ai l'impression que c'est différent. Me faire du mal ? Je crois que je ne peux pas saigner plus qu'actuellement. J'existe si tu veux que j'existe. J'existe si tu acceptes d'exister. N'oublie juste pas que, quelque soit ta décision, même si je n'ai jamais eu l'occasion de prendre la fuite avec toi, de te parler, d'écouter ton rire. Même si je n'ai jamais frôlé tes lèvres, même si je ne te connais pas, même si moi aussi, j'ai peur. N'oublie pas que je t'aime. »

    Elle eut mal. Très mal.
    Sans comprendre pourquoi, elle aurait voulu tout abandonné de ce message-là.
    Elle avait senti les larmes lui monter aux yeux pendant qu’elle levait la tête vers le vide. Respire, Alyss.
    Pourquoi lui disait-il ça?
    Pourquoi voulait-il lui faire tant de mal? Elle devait… Elle devait… Répondre quoi, au juste?
    Si elle s’était remise à écrire, c’était parce qu’elle avait besoin de le voir… Une fois. Une petite et subtile fois. Abstraitement, contrairement.
    Était-ce mal, ce besoin de le sentir là?
    D’être la seule chose dont elle avait réellement besoin?
    Qu’importait le passé, le présent ou ce qui adviendrait le lendemain : pour une nuit, elle voulait le sauver…. Seulement une toute petite fois :

    Code:
     « J'aurai encore le temps de rester là. À t'attendre. À t'espérer. Si je dois en mourir cette nuit, ce serait de toi dont j'aurais besoin. Tu n'es pas un jeu, tu ne l'as jamais été. Je veux que tu existes maintenant, tout de suite. Je veux te sentir. Toi et ton parfum, toi et son corps, toi et tes lèvres : je te veux ici et maintenant. Je ne veux pas t'écrire ce que j'ai à te dire, j'ai trop peur de faire une erreur orthographique - ce serait un PS de trop. Je ne te connais pas, mais tu tout ce dont j'ai besoin... Apparais, je t'en supplie. J'ai peur sans toi. J'ai peur que demain, sans le vouloir, que je te laisse mourir. C'est possible de vaincre la mort, tu cois? J'aimerais tant que tu me fasses croire que oui. »


    Mais alors qu’elle colla le papier sous la table, elle tomba vis-à-vis avec un autre détenu. S’excusant maladroitement, encore troublée des mots qu’ils échangeaient, elle ne prit pas la peine de le regarder en face.
    Cacher ses larmes, les ravaler, les noyer.
    Elle ne voulait pas être faible… Mais elle avait peur. Peur de tout, peur de rien.
    Peur de devoir l’anéantir demain. Le blesser. Et pendant qu’elle quitta la pièce, elle se rassurait en se disant que pendant trente minutes, elle pourrait pleurer comme le souhaitait, dans sa cellule. Recroqueviller sur elle-même, elle les avait tous relus, leurs messages.
    Les bras en croix, elle les maintenait contre son cœur, le temps de panser sa peine… De se faire à l’idée… Et dès que le moment fût arrivé, elle n’avait toujours pas cessé de sécher ses larmes.
    La tête haute, les yeux rougis, elle allait mourir un peu ce soir quitte à être sauve demain.

    Citation :
    « Vaincre la mort ? Je n'en sais rien, c'est une curieuse idée... A deux, on pourrait bien le faire, tu ne penses pas ? Je ne veux pas t'abandonner, je ne veux plus te laisser partir, t'enfuir. La mort nous sépara sans que nous ayons un mot à dire. Fait moi un signe, quelque chose, n'importe quoi.Fait moi comprendre que tu es là, montre-toi. Changeons une dernière fois les règles, que l'on se trahisse pour mieux se retrouver. S'il te plaît, deviens pour moi, pour nous, quelque chose de réel. Le temps file, vite, trop vite, il s'écoule mais ne nous attend pas. Réagis. »

    C’était ses derniers mots.
    Elle n’avait pas pu retenir l’excitation colérique du moment… Comment lui faire comprendre… Comment? Comment? Comment?
    Et puis, tout lui parut logique : l’attendre.
    Elle était maintenant seule dans la pièce et s’il devait y revenir… Seul lui passerait cette porte avant le couvre-feu, elle en était certaine.
    Ses doigts frileux engagèrent une nouvelle fois l’avant-dernier message qui allait sceller, une bonne fois pour toutes, ce mystère… Ce mystère qui lui faisait si peur autant qu’elle pouvait s’y réconforter… Et si elle n’était à l’image qu.il avait espéré?

    Code:
    « Retourne-toi. »

    C’était son dernier mot sous la table du grand salon. Elle attendit alors près de la fenêtre qu’on entre dans la pièce. Dans la pénombre, éteignant toutes les lumières. Seul l’astre lunaire découpait les formes cubiques des meubles.
    Il faisait froid dans ses pièces, les bras autour de ses propres bras, elle patientait en contre-nuit pendant que ses yeux scrutaient le moindre changement de la pièce muette.
    La porte s’ouvrit. Des pas. Une nervosité. Une ambiance qui s’alourdissait…
    C’était lui, c’était sûrement lui.
    Il se penchait vers la table… Et il le prit, le message.
    Le gars du fauteuil.
    Elle avait dégluti avant de s’approcher d’elle-même, nerveuse. Son cœur battait à la chamade et alors qu’elle fermait une dernière fois les yeux, elle découvrit, pour la toute première fois le visage de son être idéal, les yeux brumeux tant elle ne savait ni que faire, ni que dire.
    Ses lèvres étaient pourtant dissimulées par un bout de papier qui disait, dans une écriture légèrement instable :

    Code:
     « Je t’ai trouvé. »

    Et elle avança encore un peu pour qu’il puisse la discerner complètement, à son tour.

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MessageSujet: Re: Please don't leave me [H. ''Domino'' Monroe]   Lun 1 Oct - 18:32



Écrire ta vie, tes pensées, tes mots sur des bouts de papier. Des papiers qui se perdent si facilement, ils s'envolent, ils sont libres, eux. Toi en revanche, tu es prisonnier. Prisonnier de ta connerie : faire confiance aux autres trop facilement. Tu vas peut-être en crever sous peu. Tu es trop gentil Domino, trop con aussi. Tu as du mal à y croire : ta correspondante est ici, piégée avec toi, dans ce manoir. La rage te prend aux tripes, elle te fait frissonner. Pourquoi hein ? Pourquoi est-ce que ton monde doit s'écrouler ainsi, jusqu'à la dernière des briques ? T'en sais rien, tu ne comprends plus rien, t'as même plus envie de comprendre. En une liste de noms, on t'a arraché tant, déjà. Zaphkiel, June. Cette inconnue qui, au final, ne l'est pas tant que ça. Tu lui as répondu, sans vraiment comprendre ce que tu étais en train de faire. Tu es juste parti, sans rien demander, sans savoir si des deux, s'il s'agissait d'illusion ou réalité.

Tu reviens, quelques minutes plus tard, dans ce même grand salon. C'est sombre, froid et chaud à la fois. Le bois, la présentation, le décor. Tu reviens, et il n'y a presque personne. Tu en profites pour glisser, discrètement, ta main sous la table. Tu as peut-être, voire même très certainement rêvé. Tu prends le petit papier, et constate avec un mélange de soulagement et d'excitation que ce n'est pas ton écriture qui noircit le papier blanc. D'abord incrédule, tu dévores rapidement les quelques lignes. Chaque mot se répercute entre les parois de ton esprit, ayant l'effet d'une bombe.

Code:
« J'ai peur de te voir mourir sans savoir ce que tu as été. Je ne suis pas une illusion, pas plus que tu n'en es une, du moins. J'ai peur que plus jamais tout ça n'existe. J'ai peur que tu m'oublies. J'ai peur de ne plus exister. J'ai peur de te voir demain. J'ai peur qu'on puisse te faire du mal... Suis-je normale de ne pouvoir accepter que tu partes? Reste encore un peu. »

Qui tu es. En voilà une de bonne, de question. Pour elle, tu peux être n'importe qui. N'importe quoi qui pourrait la rassurer, en ce monde vil et froid. Tu pourrais être son frère, son meilleur ami, son confident, son amant. Au final, n'es-tu pas un peu des quatre à la fois ? Elle n'est pas illusion, te voilà rassuré, car au final, c'est une bonne partie de ta peur qui s'estompe : tu n'es pas fou, tu ne parles pas au néant. Peur que tu l'oublies ? Comment l'oublier. Tout ce que vous avez su partager, par le biais que quelques bouts de papier et d'une mine de graphite. Si elle savait à quel point toi aussi, tu as peur pour elle. Peur qu'ils la touchent, qu'ils la blessent. Peur qu'ils la choisissent, qu'ils fassent d'elle une poupée de chiffon. Peur qu'ils la déchirent, un peu plus, comme ils savent si bien le faire. Toi non plus, tu ne veux pas accepter qu'elle parte : tu veux la garder pour toi, encore un peu. Égoïste ? Certainement. Certains te qualifieraient certainement d'égoïste, s'ils lisaient dans tes pensées. Nerveusement, tu viens chercher dans ta poche un bout de crayon mal taillé qui diminue en taille, au fur et à mesure que tu en apprends sur elle.

Citation :
« Je resterai, jusqu'à la fin, je resterai avec toi, chaque jour qu'il me sera donné jusqu'à ma mort. Je suis terrorisé, à qui est-ce que je peux bien l'avouer, sauf à toi ? Je reste car tu es une des seules choses qui me restent, ici. Je suis terrifié par la mort, terrifié par le néant. Je ne sais pas, je ne sais plus ce que je veux. Pourquoi toi, pourquoi est-ce que tu es là ? J'aimerai te voir, te sentir, te toucher. Et à la fois, je me demande s'il ne serait pas préférable pour moi d'ignorer qui tu es. »

Sincère. Tu es sincère, par-dessus tout ce que tu peux être d'autre. Oui, tu vas rester avec elle. T'aimerais pouvoir lui promettre que tout va bien se finir, que vous allez avoir le droit à un de ces Happy Ending trop niais que c'en devient lassant. C'est faux, il n'y aura pas de fin heureuse pour vous, et le pire, c'est que vous ne pouvez rien contre ça. Pour une fois, vous n'avez plus le contrôle. Jusqu'à ta mort, tu seras là pour elle. Jusqu'à la mort, tes post-it ornerons le dessous de la table. Tu ne comptes pas, tu ne vas pas l'abandonner. Elle est trop. Virtuelle, certes. Mais elle est déjà beaucoup, pour toi. Elle est ce qui t'a fait tenir un peu plus, parfois. Dernières confessions, dernières choses à dire : tu as peur, c'est l'unique chose qui te vient à l'esprit, et tu n'as de cesse de lui répéter. Tu la veux, pour toi tout seul. Tu la veux devant toi, la sentir, la toucher. Pouvoir profiter de tes sensations, avant qu'on ne te l'arrache, avant qu'on ne la prenne de tes bras, disparaissant comme cette illusion que tu suspectais qu'elle soit.

Code:
« Parce que j'ai osé penser trop fort... Mais je pourrais te retourner la question? J'ai peur que tu me vois. Peur que tu finisses par lasser. Peut-être le mystère est-il plus rassurant que la vérité? Je ne veux pas te faire du mal.... Même si je voudrais tant... Non, c'est idiot. Il m'est impossible de t'oublier ou de t'ignorer. J'aimerais... J'aimerais te toucher, simplement une fois. Te garder pour moi, en secret. Loin des autres... Mais tu fileras entre les doigts, un jour ou l'autre, non? Ici, je peux te garder entre quelques lignes et un peu d'encre. J'ai peur de t'aimer. Existes-tu, dis-moi? »

Penser trop fort. Voilà qui t'intrigue. Tu aimerais avoir le temps, ce précieux temps qu'on vous dérobe à chaque instant passé dans ce foutu manoir. Tu aimerais avoir le temps de lui poser toutes les questions du monde. Lui demander pourquoi, comment. Ce qu'elle n'aurait pas du crier sur les toits, ce qu'elle s'est abstenue de dire. Elle veut te rencontrer, pourquoi n'est-elle pas là ? Tu n'en sais rien, tu as du mal à comprendre. Le mystère t'inquiète plus qu'autre chose, à cette heure. Tu veux savoir, connaître. Tu veux qu'elle te rassure, avant qu'il ne soit l'heure de mourir, de dormir, pour toujours. Toi non plus, tu ne peux pas l'ignorer. Toi non plus, tu ne peux pas l'oublier. Non, mieux encore : tu ne veux tout simplement pas. Peur de t'aimer. Ses mots te font tiquer, tu restes sans réagir un instant, les yeux vides, balayant ce qu'il y a entre les lignes. Le néant. Décidément, il est partout celui-là. Partout pour te pourrir la vie. Si tu existes ? Bien sûr. Tu es son ombre, son reflet, son air. Tu es tout et n'importe quoi. Tout ce qu'elle peut bien vouloir de toi. T'empressant de répondre, tu tentes tant bien que mal de t'appliquer, même si l'excitation fait trembler ta main et rend ta calligraphie comparable à celle d'un gamin de petite école.

Citation :
« Parce que j'ai été naïf de faire confiance... J'aimerais tant avoir le temps pour tout te raconter. Ce temps si précieux, ce temps que l'on a plus. Me lasser ? J'en doute. Autre fois, j'aurais préféré rester dans le secret, car c'était amusant, c'était notre jeu, après tout. Aujourd'hui, j'ai l'impression que c'est différent. Me faire du mal ? Je crois que je ne peux pas saigner plus qu'actuellement. J'existe si tu veux que j'existe. J'existe si tu acceptes d'exister. N'oublie juste pas que, quelque soit ta décision, même si je n'ai jamais eu l'occasion de prendre la fuite avec toi, de te parler, d'écouter ton rire. Même si je n'ai jamais frôlé tes lèvres, même si je ne te connais pas, même si moi aussi, j'ai peur. N'oublie pas que je t'aime. »

Rapidement, tu déposes le bout de papier sous la table, et file les mains plantées dans les poches de ton uniforme, loin. Tu sors juste à l'entrée, respirer l'air frais, profiter du vent. Le vent qui file, le vent libre. Il te fouette le visage, il te mord les joues. Et toi, tu attends. Tu l'attends elle, la fille, la réponse. Tu attends avec cette impatience qui te caractérise si bien, quelque chose, n'importe quoi. Une partie d'elle. Tu existes pour elle, elle existe pour toi. Échange de bons procédés, pas vrai ? Tu l'aimes. Mais c'est tellement confus, comme révélations. Tu l'aimes comme une soeur que tu n'as jamais eue. Tu l'aimes comme un amant se consumant de sa propre passion. Tu l'aimes comme ce meilleur ami qui, quoiqu'il en soit de demain, sera incapable de la sauver. Tu l'aimes, passionnément. Les yeux perdus dans le vague, dans l'horizon, tu profites. C'est peut-être le dernier jour du reste de ta vie. Apprécie. Apprécie, savoure. Chaque détail, les branches qui craquent, les feuilles qui tombent, le vent qui fuit. La demi-heure que tu t'accordes entre deux passages au grand salon s'est déjà écoulée. Il est temps d'aller voir si elle t'a répondu, ou au cas contraire, si elle t'a abandonné. Ta main glisse une énième fois sous la massive table de bois. Tu t'empresses de lire le contenu de ce nouveau papier.

Code:
« J'aurai encore le temps de rester là. À t'attendre. À t'espérer. Si je dois en mourir cette nuit, ce serait de toi dont j'aurais besoin. Tu n'es pas un jeu, tu ne l'as jamais été. Je veux que tu existes maintenant, tout de suite. Je veux te sentir. Toi et ton parfum, toi et ton corps, toi et tes lèvres : je te veux ici et maintenant. Je ne veux pas t'écrire ce que j'ai à te dire, j'ai trop peur de faire une erreur orthographique - ce serait un PS de trop. Je ne te connais pas, mais tu tout ce dont j'ai besoin... Apparais, je t'en supplie. J'ai peur sans toi. J'ai peur que demain, sans le vouloir, que je te laisse mourir. C'est possible de vaincre la mort, tu cois? J'aimerais tant que tu me fasses croire que oui. »

Ses mots, comme des poignards, ils t'assassinent. C'est un plaisir malsain, masochiste, que celui que tu prends en lisant ses mots. Tu n'es pas qu'un jeu pour elle. D'un côté, une telle révélation te soulage. D'un autre, ça te fait peur. Alors si tu n'es pas un jeu, qu'es-tu réellement pour elle ? Une image ? Un idéal ? Un passe-temps ? Une image abstraite, virtuelle. Il ne tient qu'à vous de décider de rendre cette image réelle. Elle veut donc te voir, c'est écrit noir sur blanc. Elle te veut, tout autant que tu la désires. Mais qu'est-ce que ça va donner, au final ? Ça ne va que t'aider à saigner un peu plus, lorsque tu la perdras. Tu es illogique, étrange. Cette envie irrépressible de marcher vers l'inconnue, de la saisir dans tes bras, et de ne plus jamais la lâcher. Apparais. Ses ordres sont clairs, simples, concis. Peur sans toi ? Tu veux la rassurer. Tu veux souffler dans ses cheveux quelques mots doux, lui promettre naïvement que tout va bien se passer, pour vous deux. Le mensonge empoisonne, il envoûte, il est doux et délicieux au palais. La vérité est dure, blessante, brûlante. Tu ne veux pas la faire souffrir. Vaincre la mort ? Inconsciemment, un fin sourire vient étirer tes lèvres. Les yeux humides, les larmes aux coins des paupières, tu t'attelles à ta réponse, concentré, quoique encore perturbé par ses paroles.

Citation :
« Vaincre la mort ? Je n'en sais rien, c'est une curieuse idée... A deux, on pourrait bien le faire, tu ne penses pas ? Je ne veux pas t'abandonner, je ne veux plus te laisser partir, t'enfuir. La mort nous sépara sans que nous ayons un mot à dire. Fait moi un signe, quelque chose, n'importe quoi.Fait moi comprendre que tu es là, montre-toi. Changeons une dernière fois les règles, que l'on se trahisse pour mieux se retrouver. S'il te plaît, deviens pour moi, pour nous, quelque chose de réel. Le temps file, vite, trop vite, il s'écoule mais ne nous attend pas. Réagis. »

Plus ou moins sur de ce que tu fais, tu te promets que c'est ton dernier post-it, pour ce soir. Tu veux la voir, la rencontrer. Tu la veux. Une première et dernière fois. Une première et dernière nuit. Ou même, rien qu'un regard. Une rencontre secrète, loin du monde. Une pièce où on vous abandonne, le temps de quelques minutes. Ton dernier mot sonne comme un ordre, vif, piquant. Réagis. Tu veux qu'elle réagisse, qu'elle prenne cette décision qui, normalement, vous appartient encore. Tu feras selon, et uniquement selon sa volonté. Relisant une dernière fois ce post-it, pour être sûr de n'avoir rien loupé, tu le colles sous la table. C'était le dernier. Il sera décisif, tu le sais. Peu tranquille, tu prends la fuite, à nouveau, allant cette fois vers les ruines du Manoir. La pierre est grise, terne. Et bientôt, comme chacun le sait si bien, elle sera rougie par le sang. Tes pensées divaguent, à nouveau. Qu'est-ce qu'il restera du vainqueur, s'il y en a un, après ces jeux ? Une épave. Un résidu de ce qui, autrefois, était un homme. Il restera un vague morceau d'âme, un cadavre errant. Une pièce d'un puzzle que plus personne jamais ne pourra compléter. Les doigts glissants sur la pierre grisâtre et poussiéreuse, tu fais déjà demi-tour. Largement une demi-heure s'est écoulée. Mais dis-moi Domino. Aurais-tu peur ? Peur de l'inconnu. De la vérité. Du mensonge. Peur de lever le voile sur ce qui, jusque là, n'était qu'un mystère de plus à tes yeux. Regardant de gauche à droite, tu entres dans le grand salon. La pièce est sombre, froide. Les lumières éteintes, et tu ne sais pourquoi. Seule une lueur argentée passe par la fenêtre. À tâtons, tu récupères un nouveau papier.

Code:
« Retourne-toi. »

Tu ne comprends pas cette énigme, si toutefois, c'en est une. À nouveau, ton regard fait quelques aller-retours de gauche à droite. Où est-elle, qui est-elle. Inconsciemment, ton rythme cardiaque s'accélère. Tu reportes tes yeux sur le post-it, tu réfléchis, lis la suite.

Code:
« Je t’ai trouvé. »

Ton coeur se serre, ta mâchoire se crispe. Les yeux brumeux, tu relèves enfin le regard du carré de feuille pour la chercher, elle. Son contour se dessine bien vite, lueur pâle, alors qu'une ombre te fait face. À contre-nuit, tu ne peux vraiment discerner ses traits. Alors, tu te redresses, froissant le papier dans ta main, avant de le glisser dans la poche de ton uniforme. Le palpitant battant plus vite que jamais, tu avances, te cognant au passage contre le coin de la table. Ce qui t'aurait d'habitude arraché une grimace ne te fait même pas réagir, pas du tout. Les paupières légèrement tremblantes, les mains brûlantes, tu viens te planter devant elle. C'est elle. C'est elle. C'est elle. Tu n'en crois tout simplement pas tes yeux. Ayant au début un peu de mal à respirer, tu tentes de doucement te reprendre. Peine perdue. Tu la détailles, la scrutes dans les moindres détails, comme si elle allait s'envoler d'un instant à l'autre. Ses yeux clairs, ses traits fins, cette allure lutine et un peu rêveuse. Tu ne sais pas si tu souris, si tu hausses les sourcils : tu es crispé. Hésitant d'abord, tu parcours les traits de son visage du bout de tes doigts. Doucement. Délicatement, de peur de la blesser, et qu'elle se volatilise sous tes yeux. « C'est... C'est toi... » Tu restes incrédule, planté devant elle. Tu es tellement heureux, tellement triste, tellement énervé, tellement inquiet. Tu es tellement de choses à la fois. Elle est parfaite, vraiment parfaite. Trop parfaite. Ne sachant trop quoi dire, de peur de briser ce moment, tu te tais. Tu te tais, et tu colles ton front contre le sien, soulagé. Une telle proximité devrait la gêner, non ? Qu'elle te repousse. Elle te semble si familière... Comme si tu la connaissais depuis toujours. Un sourire heureux étire tes lèvres. T'es pas sensé être heureux, vu le contexte dans lequel vous vous retrouvez... Mais pour le coup...

Un baiser, marque d'affection, sur la tempe, et tu l'emprisonnes de tes bras. Tu ne veux pas la lâcher, tu ne veux plus la lâcher. Tu ne veux même pas fermer les yeux, de peur qu'elle s'envole, qu'elle disparaisse comme un mirage, que tu te retrouves seul dans ce salon bien trop grand pour deux personnes. Retrouvant doucement ton calme, quelques larmes commencent à t'échapper. Tu es faible. Tellement faible. « S'il te plaît, reste. »

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    DENIAL.ANGER.BARGAIN.DESPAIR.
    A C C E P T A N C E.
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